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AFGHANISTAN : LE FRONT INVISIBLE DES TIRS FRATRICIDES

vendredi 27 janvier 2012, par Michel Dantan

Un nouveau front dans le dos de l’ISAF

En à peine un mois, six soldats français de l’ISAF ont été victimes de tirs fratricides effectués par des soldats afghans de l’ANA. 2 légionnaires le 29 décembre au cours d’une mission d’appui en faveur de l’armée afghane dans la vallée de Tabag, puis 6 instructeurs le 19 janvier alors qu’ils effectuent sans armes ni protection leur jogging sur une base. Les deux premiers meurtres d’après le porte parole des insurgés, Zabihullah Mujahid, seraient l’œuvre d’un taliban infiltré dans l’armée afghane, un certain Ibrahim qui « avait rejoint l’armée afghane dans ce but et atteint son objectif ». « Il a été tué en martyre par les envahisseurs » s’est félicite le porte parole. Les quatre autres meurtres en revanche d’après les confessions de leur auteur obtenues au cours de son interrogatoire, seraient la conséquence de la colère qu’auraient provoquée en lui les images montrant sur internet des soldats américains urinant sur les cadavres de combattants. Inexistant il y a encore quelques années, ce type de situations caractérisé par des tirs fratricides se terminant par la mort de soldats de la coalition semble avoir pris depuis 2007 l’importance d’un vrai phénomène dont la montée en puissance avec la mort de nos six soldats vient d’être confirmée. Comment et pourquoi ces situations sont-elles devenues possibles pour devenir quasiment récurrentes depuis 2007, puis à partir de 2009 finir par représenter un vrai danger pour la sécurité des troupes de l’ISAF, une tentative d’explication a déjà été fournie à ce sujet sous forme d’une enquête réalisée pour le compte de l’OTAN en mai 2011 auprès d’un important échantillon de soldats américains et afghans interrogés sur l’opinion qu’ils avaient les uns des autres.

Pas vraiment des frères d’armes.

Intitulé « une crise de confiance et d’incompatibilité culturelle » (1), ce rapport que le Times vient de révéler après la mort des quatre soldats français dresse la liste des reproches que soldats afghans et américains se font mutuellement, souligne les antagonismes culturels qui les opposent, et fait le constat qu’un véritable fossé d’incompréhension les séparent. La méfiance et le mépris qui semblent sous-tendre les relations entre soldats afghans et américains peuvent à la suite de violentes altercations atteindre parfois au paroxysme de la haine donnant lieu à des dérives meurtrières. L’enquête reconnaît ainsi que la plupart des 58 membres des forces occidentales tués depuis 2009 par des tirs fratricides, l’ont été à la suite de disputes entre soldats américains et afghans et non pas seulement par l’action d’insurgés infiltrés dans l’ANA. Les griefs que les soldats afghans font aux soldats américains et entretiennent leur animosité tiennent à des comportements qu’ils jugent blessant pour leur dignité et celle de leurs compatriotes, mais aussi dans de nombreux cas offensant au regard des valeurs de leur religion. La priorité absolue accordée aux convois armés de l’armée américaine sur les routes, le manque de discernement au cours de ripostes armées qui atteignent des civils et qui ne sont jamais sanctionnés, des opérations nocturnes qui sur la base de renseignements non vérifiés conduisent à des violations injustifiées de domiciles dont les parties réservées aux femmes, l’humiliation infligée aux soldats afghans désarmés en publique avant de pénétrer à l’intérieur d’une base, le manque d’attention apporté aux soldats afghans aux cours d’engagements, figurent au nombre des griefs le plus souvent cités tout au long de l’enquête. Quant aux comportements jugés brutaux, aux gestes d’incivilités que doivent supporter les soldats afghans de la part de leurs alliés américains ils sont aussi nombreux que variés. Vocabulaire ordurier, gestes déplacés, insultes, arrogance, fait d’uriner en public, massacre gratuits d’animaux, sont également perçus par les soldats afghans consultés dans l’enquête comme autant de détonateurs propres à déclancher leur colère. Quant à la représentation que les soldats américains se font du soldat afghan l’image qui en ressort n’est guère plus flatteuse, et même extrêmement négative si l’on en juge par les remarques les plus fréquemment citées dans l’enquête : usage illicite de drogues, vols à répétition, instabilité du comportement, absence d’intégrité morale, incompétence, maniement des armes en toute insécurité, corruption des officiers, arrangements informels avec les insurgés, paresse, hygiène déplorable, absence d’esprit de corps. Bref là non plus des considérations susceptibles d’exalter l’amitié entre les deux alliés.

Quel impact sur le calendrier de retrait.

Ces tirs fratricides délibérés à propos desquels l’enquête en question laisse entendre qu’ils s’inscriraient déjà sur une courbe ascendante, pourraient aussi avoir un impact sur le calendrier de retrait d’Afghanistan des troupes de la coalition. La France a déjà devancé d’un an la date prévue en 2014 pour le retrait de ses troupes. Ce sera 2013 vient d’annoncer le Président Nicolas Sarkozy qui recevait à l’Elysée le Président afghan Hamid KarzaÎ. Non sans arrières pensées politiciennes, l’occasion lui étant fournie de marcher sur les plates de bandes d’un François Hollande qui s’est déjà prononcé pour le retrait de nos soldats dés l’année prochaine.

(1) : A Crisis of Trust and Cultural incompatibility. Lisible en anglais dans son intégralité sur le site http://www.michaelyon-online.com/im...

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