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De Sarajevo à Marseille

BOSNIE : L’IMAM ET LE CARDINAL

mardi 10 février 2009, par Michel Dantan

Les croates de confession catholique commencent à s’inquiéter sérieusement de la montée en puissance du wahhabisme dans la fédération croato musulmane de Bosnie Herzégovine. Les volontaires venus par milliers en Bosnie faire leur Djihad contre les serbes y ont fait souche et leurs imams dés la signature des accords de paix de Dayton mettant fin à cinq ans de guerre civile, commencèrent à faire du prosélytisme parmi les franges de la société bosniaque les plus fragilisées par la crise économique, et à noyauter les organisations humanitaires financées par l’Arabie Saoudite.

Ce travail de sape a finit par porter ses fruits et les catholiques se retrouvent aujourd’hui exposés à toutes sortes de discriminations jusqu’à présent inconnues en Bosnie. A tel point que leur liberté et leur sécurité se trouveraient menacées A tel point que le Cardinal catholique de Sarajevo Vinko Puljic au cours d’un voyage aux Etats-Unis s’en est ému auprès de congressistes américains. C’est un sujet, aurait-il déclaré à cette occasion, qu’il n’osait pas aborder chez lui en raison du climat d’intolérance qui règne en Bosnie. « Il y a une certaine mentalité qui n’est pas originaire de Bosnie. Je ne la connais pas bien, mais je pense qu’ils l’appellent wahhabite »(1). Malgré le ton modéré des propos, il n’en aura pas fallut plus pour que le cardinal se voit à son retour d’Amérique sèchement rabroué par le chef spirituel de la communauté musulmane de Bosnie, l’Imam Mustafa Ceric. Très remonté contre le cardinal, le leader musulman s’est empressé de prendre la défense des wahhabites et profiter d’un prêche, lors de la prière du vendredi dans la mosquée du village de Sokolac situé à l’Est de la Bosnie, pour qualifier d’islamophobes tous ceux qui craignaient de voir leur courant se développer en Bosnie. « Ceux qui disent que leur situation est mauvaise à cause de l’Islam et des nouveaux musulmans s’associent à l’islamophobie contre nous, musulmans de Bosnie, anciens et nouveaux, et nous rappellent l’expérience du génocide auquel nous avons survécu ».

Un état islamiste fondé sur la Charia

Ce soutien accordé par le Mufti à ceux qui souhaitent faire de la Bosnie un état islamiste fondé sur la Charia n’a en fait rien de surprenant. L’Imam n’ayant fait à cette occasion que recourir à l’utilisation du double langage pratiqué par les hauts responsables de la communauté musulmane de Bosnie depuis que le Président bosniaque Alija Izetbegovic en avait fait une méthode de communication pour se faire passer pour un musulman modéré et convaincre ses alliés occidentaux de la justesse de son action politique. Ainsi il n’était jamais venu à l’idée de quiconque de lui reprocher d’avoir écrit par exemple noir sur blanc dans son manifeste islamique paru pour la première fois en 1980 et dont il ne devait par la suite renier aucun mot, « qu’il n’est pas possible qu’une paix ou qu’une coexistence ait lieu entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques » (2). Ces propos sans ambiguïté étaient destinés aux musulmans de l’intérieur pour leur rappeler qu’il ne saurait y avoir de compromis avec les chrétiens dans un état islamiste par nature totalitaire. Mais de cela, ni les Bernard henry Lévy, les Kouchner, et autres admirateurs zélés de l’ancien Président bosniaque ne voulurent tenir compte. A l’époque du siège de Sarajevo, l’heure, était à la diabolisation intégrale des serbes, non pas pour la seule défense des droits de l’homme, mais aussi pour le lifting dont la politique étrangère américaine avait alors besoin pour se dédouaner dans le monde musulman de ses « turpitudes » au Moyen Orient et en Irak.. « Ils se souviendront de ce que nous avons fait pour eux en Bosnie » avait déclaré un jour un haut représentant de l’administration américaine. S’agissant du bouillant iman de Sarajevo, la même indulgence semble être de mise à son égard. Le fait par exemple d’avoir déclaré en juin 2006 que « l’Europe n’a jamais été un continent chrétien, ni musulman, ni juif. C’est un continent qui appartient aux trois religions d’Abraham », ne l’a pas empêcher de siéger parmi les membres du conseil européen pour les religions, puis fort de ce statut privilégié, de venir en janvier dernier plaider sans vergogne auprès du parlement européen l’idée d’organiser chaque année et dans chaque pays européen une journée mémorielle consacrée à la tragédie de Srebrenica, avec comme arrière pensée de jeter le discrédit sur la République Serbe de Bosnie et obtenir à terme sa dissolution. De là à penser que l’imam joue à Sarajevo un rôle qui somme toute convient aux intérêts des grandes puissances dans les Balkans il y a là un pas que les serbes ont depuis longtemps osé franchir. Sa perception révisionniste de l’Histoire de l’Europe aura beau être frappée au coin du caractère fondamentalement impérialiste de l’Islam, elle ne dérangera personne. Surtout pas ceux qui non sans une certaine délectation morbide s’emploient à faire table rase des racines chrétiennes de notre continent, comme au Kosovo, au Sandjak ou encore en Macédoine, pour ne parler que des Balkans. C’est d’ailleurs probablement en raison de ses propres convergences de vues avec celles des américains s’agissant de l’avenir de la Bosnie, qui lui avaient valu avec l’appui d’Henry Kissinger, de se voir décerné par l’UNESCO en septembre 2004 le Prix Houphouët-Boigny pour la Paix. Tant que l’ancien Imam du Centre culturel islamique de Chicago (1981) continuera à appeler de ses vœux la disparition de la République Serbe de Bosnie et plaidera en faveur de l’unité de la Bosnie Herzégovine, ses prises de positions radicales seront jugées politiquement correctes et seront par conséquent tolérées. En attendant, le Cardinal aura beau regretter qu’au cours de ses entretiens avec des membres du département d’état américains, les termes mêmes de communauté croate n’aient été à aucun moment évoqués. « Il est triste de constater que dans ces rencontres, les croates n’ont jamais été mentionnés, sans parler de leurs droits », ce n’est pas l’Amérique qui viendra au secours des croates catholiques de Bosnie, sans nul doute le cardinal se souvenait-il qu’en 2006, à Washington, ses illusions s’étaient déjà envolées. « Nous sommes des pions dans les mains des maîtres du jeux » avait-il alors remarqué.

Michel Dantan

(1). http://www.pointdebasculecanada.ca/spip.php?breve1548.

(2) : Alija Izetbegovic « Le manifeste islamique ». Editions Al Bouraq. 1999.

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