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BOSNIE LA MEMOIRE SELECTIVE DU PARLEMENT EUROPEEN

dimanche 18 janvier 2009, par Michel Dantan

Le Premier Ministre de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, s’est insurgé contre la décision prise par le Parlement Européen de faire du 11 juillet, date du massacre de Srebrenica, « une journée de commémoration dans toute l’Union européenne ».

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1992, les ’Afghans" qui combattent avec les Bosniaques posent avec leurs trophées.

La version officielle de ces massacres évalue leur nombre de 7000 à 8000. Bien que contesté par les serbes et remis en cause par de nombreux enquêteurs indépendants ce chiffre est devenu aux yeux de l’opinion publique européenne le symbole de l’horreur absolu, assimilé par le tribunal international de justice à un génocide. Pour les serbes l’instrumentalisation de ces tragiques journées qui commencent le 11 juillet 1995 a surtout servi à occulter les crimes commis par les musulmans contre les serbes des environs de Srebrenica du mois d’avril 1992 au mois d’avril 1993 notamment. Sans nier l’importance du drame qui s’est déroulé à Srebrenica, Milorad Dodic considère que pour « rendre hommage à toutes les victimes des atrocités commises pendant les guerres dans l’ancienne Yougoslavie », selon les voeux exprimés dans la résolution du Parlement européen, celui-ci eut été mieux inspiré en choisissant une autre date qui ne renvoya pas à un seul évènement précis, aussi dramatique fut-il, mais à un ensemble plus vaste de circonstances qui eussent été de nature à prendre en compte aussi les souffrances vécues par la population serbe orthodoxe de Bosnie.

Privilégier une mémoire au détriment d’une autre

Il n’en a malheureusement rien été. Le choix de cette date a été présenté à Bruxelles au cours d’une conférence de presse qui réunissait autour du Grand Mufti de Sarajevo, les deux principaux auteurs de cette initiative, Diana Wallis (slovène) et Jelko Kacin (Royaume Uni) membres du groupe parlementaire européen l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe. Diana Wallis, actuelle vice présidente du Parlement européen, avoue avoir pris cette décision après s’être rendue à Srebrenica à l’occasion des cérémonies officielles qui chaque 11 juillet commémorent les évènements qui s’y sont produits en 1995. « J’ai eu l’honneur d’assister le 11 juillet dernier à l’anniversaire du Mémorial, au nom du Parlement européen. Ce fut un moment d’extraordinaire d’émotion et de dignité partagé par des milliers de participants communiant dans la peine et le souvenir. Vous ne pouvez être que touché par cela, surtout lorsque vous vous sentez à la fois complice et désarmé devant les scènes diffusées sur votre écran de télé en juillet 1995… » [1]. L’opposition des serbes quant au choix de cette date n’a évidemment pas été prise en compte. Dans un souci de justice et afin d’éviter de privilégier une mémoire au détriment d’une autre, le Parlement européen eu peut-être été avisé de se pencher sur les violences subies pendant des mois par les habitants des villages des districts de Bratunac, Skelani et Srebrenica, les villages de Blazijevici, Bebuljice, Bozici, Brezani, Brezovica, Bujakovici, Bebuljice, Cicvci, Gaj, Gladovici, Godjevici, Gostilj, Kostolomci, Krnjici, Medje, Obadi, Orahovica, Osredek, Podravanje, Postolje, Pribidoli, Pribojevici, Radosevici, Ratkovici, Toplica, Viogor, Zabokvica, sans compter les villages mixtes de la région ainsi que la ville même de Srebrenica où dés la mi-mai 1992 il ne restait plus aucun serbe. Mais c’est vrai qu’à cette époque, les médias ne s’intéressaient pas au sort des populations chrétiennes de ces villages, victimes de massacres perpétrés par les combattants musulmans basés à Srebrenica. S’ils l’avaient fait, peut-être eussent-ils appris également que cette région avait été en 1942 le théâtre de persécutions de masses perpétrées par les oustachis et leurs complices contre les serbes du district de Srebrenica, et que les bourreaux d’alors ne furent qu’à de rares exemples jugés et punis par les communistes du régime de Tito. Peut-être eussent-ils aussi appris par la même occasion que les mêmes noms de certaines familles impliquées dans les crimes de 1942 se retrouvaient évoquées aussi par les victimes de 1992. Mais tout cela bien sûr pour nos députés, c’est sans doute de l’historie ancienne. D’après le Mémorandum [2] recensant en 1993 les crimes de guerre et le génocide perpétrés par les troupes d’Alija Izetbegovic contre les serbes du district de Srebrenica, le nombre de civils tués s’élevait provisoirement au mois de mars 1993 à 1200, le nombre des blessés entre 2800 et 3200.

Derrière les bons sentiments

En réalité, et sans vouloir remettre en cause l’émotion que les évènements de Srebrenica peuvent susciter auprès de toute conscience digne de ce nom, les arrières pensées de cette opération du 11 juillet destinée soi disant à édifier les foules afin qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais plus en Europe, n’en sont pas moins équivoques. Derrière les bons sentiments, se cache en fait l’intention de faire définitivement admettre par l’opinion européenne que la responsabilité des crimes commis en Bosnie incombe d’abord aux serbes, et que par conséquent la création de la République Serbe de Bosnie est le résultat d’un nettoyage ethnique, donc moralement inacceptable. Cette opération qui fleure bon les campagnes de propagande anti-serbe que certaines agences de communication furent chargées de mettre en musique pendant les guerres d’ex-Yougoslavie, s’accorde parfaitement comme par hasard avec les intentions des musulmans bosniaques de faire disparaître la République Serbe de Bosnie en tant qu’entité autonome. Or, l’effacement de l’entité serbe au profit de la création d’un seul état dont rêvent les musulmans, suppose que les accords de Dayton soient entièrement révisés sinon abolis. Ces accords en effet sont à l’origine de la création de la République serbe de Bosnie et de la Fédération croato-musulmane. L’initiative du parlement européen pourrait bien avoir entre autres objectifs de préparer le terrain psychologique à l’enclenchement d’un processus de remise en cause de ces accords. Quoiqu’il en soit, le choix de la date du 11 juillet ne pourra servir objectivement qu’à cautionner les visées hégémoniques de l’entité musulmane sur l’ensemble de la Bosnie Herzégovine. 99% des serbes de Bosnie rejettent toute idée de se fondre dans un état commun avec les musulmans. Le pari est donc loin d’être gagné. Les blessures de la guerre sont loin d’être cicatrisées, et le blanchiment de leurs bourreaux par le Tribunal Pénal International pour les crimes en Ex-Yougoslavie, n’est pas de nature non plus à faire accepter par les serbes de Bosnie ce contre quoi 30700 [3]
des leurs ont laissé leur vie. La réconciliation entre chrétiens et musulmans de Bosnie ne passera certainement pas par les visions utopistes de députés en mal d’imagination politique mais par la reconnaissance par l’Europe de toutes les responsabilités ayant concouru au déclenchement de cette désastreuse guerre civile, en commençant par les siennes, dont le silence observé par ses édiles face à l’envoi en Bosnie de milliers de moudjahiddines pour y mener la Guerre Sainte, ne fut pas l’une des moindres.

Michel Dantan

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1992, les ’Afghans" qui combattent avec les Bosniaques posent avec leurs trophées.

[2Memorandum on war crimes and crimes of genocide in eastern Bosnia (Communes of Bratunac, Skelani and Srebrenica) committed against the Serbian population from April 92 to April 93. www.srpska-mreza.com

[3Le décompte des victimes de la guerre de Bosnie établi en 2007 par le TPIY, estime le nombre de morts à 102622 personnes dont 55261 civils, et se décompose ainsi :

  • Bosniaques et croates : 72000 dont 38000 civils et 6000 soldats croates. Pour l’anecdote, Bernard Henry Lévy encore récemment dans un article du Point avançait le chiffre de 200000 musulmans tués par les serbes, soit une différence d’au moins 130000. - Serbes de Bosnie : 30700 dont 16700 civils.

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