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DECES DE L’ECRIVAIN RUSSE VASSILI AXIONOV

jeudi 9 juillet 2009, par Michel Dantan

L’écrivain russe Vassili Axionov est décédé le lundi 6 juillet à Moscou à l’âge de 76 ans. Né le 20 août à Kazan, capitale de la république russe du Tatarstan, le futur dissident grandit au sein d’une famille où le communisme est synonyme de religion. Tandis que son père assume les fonctions de secrétaire du Comité régional du parti communiste, sa mère enseigne le marxisme-léninisme à l’université de Kazan.

L’avenir de la famille semble tout tracé et rien à priori ne prédestine la famille Axionov à déchoir de la position privilégiée qu’elle occupe dans la société soviétique. Or brusquement, à l’instar de millions de russes, les parents du jeune Vassili vont se retrouver à leur tour dans l’œil du cyclone, puis condamnés à prendre le chemin du goulag. La Grande Terreur stalinienne en 1937 atteint alors à son paroxysme et frappe sans discernement tous ceux que le régime soupçonne de tiédeur idéologique. Le père, exclu du parti communiste puis condamné, ne survivra pas à son internement. La mère, Evguénia S.Guinzbourg, condamnée à son tour, ne reverra son fils qu’en 1948, à Magadan considéré comme la capitale du Goulag, alors que s’achève la première partie seulement des 18 ans de déportation qu’elle effectuera dans les camps de la Kolyma. Son expérience des camps fera l’objet d’un ouvrage, « le vertige », un témoignage sur la terreur stalinienne certes irremplaçable, mais que certains lui reprocheront toutefois de n’avoir évoqué qu’après seulement que les communistes en furent les victimes. Pas les simples paysans russes qui eux dés 1923 furent massacrés. Resté à Magadan en Sibérie, où sa mère est assignée à résidence, le jeune Vassili fait des études de médecine, et cultive sa passion pour la littérature, un virus que lui a transmis sa mère. La mort de Staline en 1953, clôt un chapitre de la vie du futur écrivain, mais aussi celui, terrible, qu’a représenté de 1923 à 1953 le stalinisme pour le peuple russe. Ce sera la matière de son roman « Une saga moscovite » [1] qui en 1994 viendra couronner une œuvre inauguré en 1960 par un premier roman « Confrères », déjà anti conformiste et qui déclenchera la colère de Khrouchtchev. Ce n’est qu’en 1980, que déchu de la nationalité russe en raison de ses projets éditoriaux jugés trop audacieux au regard du politiquement correct soviétique, qu’Axionov rejoint les Etats-Unis. En 1990, après un retour éclair en Russie l’année précédente, Axionov recouvre sa nationalité à la faveur d’une amnistie décrétée par Michaël Gorbatchev, restituant dans leurs droits civiques les dissidents déchus entre 1966 et 1988. La ville de Biarritz, sur la côte basque était devenue l’un de ses lieux préférés de villégiature qu’il partageait avec Washington et Moscou. Avec la disparition d’Axionov, le monde vient de perdre l’un des témoins sans doute les plus lucide du stalinisme, et partant du communisme, et la littérature universelle l’un de ses plus grands écrivains, dans la lignée des Tolstoï et des Grossman.


[1Une Saga moscovite. Folio (2 tomes). Le roman évoque la destinée des Gradov, une famille de médecins et de militaires pris dans la tourmente du siècle dernier, depuis la révolution bolchévique jusqu’à la mort de Staline. Une famille déchirée par les sentiments opposés de ses membres, où les antis communistes lucides et viscéraux côtoient les révolutionnaires sincères, les patriotes les opportunistes, sur fonds de purges, de règlements de comptes et de massacres.

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