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ELECTIONS EUROPEENNES : UNE ANALYSE.

mercredi 10 juin 2009, par Robert Spieler

Un triomphe pour Cohn-Bendit, une victoire pour Sarkozy, un échec cinglant pour Bayrou et Martine Aubry, la ringardisation de Villiers et du FN.

Le triomphe de Cohn-Bendit.

Les transferts importants de suffrages, tant du PS que du Modem vers les écologistes expliquent ce triomphe. Les bobos des villes (cf les résultats impressionnants de certains arrondissements de Paris où Cohn-Bendit écrase le PS et aussi l’UMP) ont voté massivement pour des listes qui ont eu le mérite d’aborder la question européenne et qui sont incarnées, au niveau national, par un homme qui dépasse largement ses concurrents en termes d’aisance et de charisme médiatiques. La diffusion sur A2, deux jours avant le vote, du film écologiste « Home » d’Arthus-Bertand, fort bien réalisé, a créé une ambiance, un « buzz » favorable aux préoccupations environnementalistes, qui a fait basculer massivement des électeurs indécis. Il est aussi bien plus chic, dans un dîner, de dire que l’on a voté Cohn-Bendit plutôt que Bayrou ou Aubry. Ceci dit, la chaîne publique, qui n’a rien à refuser à Sarkozy, a délibérément choisi de programmer ce film, la veille du scrutin, avec comme conséquence mécanique d’affaiblir le PS. Elle s’en défend en prétendant que la décision avait été prise il y a un an et qu’elle ignorait la date des élections européennes. Elle se moque du monde. Les élections européennes ont toujours lieu en juin…

L’effondrement de Bayrou

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Le problème de Bayrou est qu’il est persuadé d’avoir un destin. Las, il n’a pas la stature, la « gueule » d’un destin. Son électorat est par ailleurs composé, pour reprendre la formule d’Abel Bonnard, de « modérés, modérément courageux ». Les modérés n’aiment ni les invectives, ni les coups bas, ni l’opposition frontale au Pouvoir. Bayrou ne sera jamais président, si ce n’est de son parti, condamné à se réduire comme peau de chagrin. Même le talentueux polémiste (et excellent connaisseur de la chanson française), Jean-François Kahn, tête de liste du Modem dans la région Est, n’aura pas réussi. C’est que le produit vendu n’est pas bon et ne correspond pas aux attentes des acheteurs potentiels. Un flop en termes de marketing…

La victoire de Sarkozy.

Cette victoire est certes relative, puisqu’on peut considérer, pour se consoler, que 70% des Français ont voté pour d’autres listes. Le raisonnement est quelque peu spécieux. L’UMP a certes bénéficié de la faiblesse de ses adversaires, mais la victoire n’en est pas moins réelle. L’habileté manœuvrière et le cynisme de Sarkozy, qui pratique l’ouverture à gauche tout en s’exprimant contre l’entrée de la Turquie dans l’U.E., autorisant cependant la poursuite des négociations, gesticulant sur des thématiques sécuritaires, « enfume » littéralement les électeurs. Sarkozy bénéficie aussi de l’insigne médiocrité de ses adversaires et de la propagande diffusée par des médias complaisants. Nul besoin d’un ministère de l’information, comme ce fut le cas sous De Gaulle. Aujourd’hui, les vassaux précèdent les désirs de leur maître…

Le lourd échec du PS.

Englué dans ses divisions, les querelles d’ego et l’inanité de son programme qui s’exprime en phrases sentencieuses et creuses, le PS n’est plus, depuis longtemps, un parti proche du peuple. Son électorat, largement composé de fonctionnaires, de bobos et d’apprentis bobos est d’une solidité et fidélité relatives. La faiblesse de Bayrou aurait pu cependant permettre au PS de s’ériger en opposant n° 1 de l’UMP sans l’irruption tonitruante de Cohn-Bendit. Le PS n’a cependant pas d’inquiétude majeure à avoir quant aux prochaines échéances, dès lors qu’il saura réaliser son unité. Pour ce qui concerne l’élection présidentielle, Cohn-Bendit a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait en aucun cas candidat, témoignant d’une lucidité certaine quant à ce qu’est une élection présidentielle et ce que sont des européennes.

Une extrême gauche qui n’émerge pas.

On aurait pu imaginer que la crise sociale et économique pouvait représenter un puissant vecteur de développement de l’extrême gauche. Rien de tel. Le NPA de Besancenot (étrange idée de changer le nom de son mouvement, la veille de l’élection) se situe sous la barre des 5%. Le Front de gauche (PC et Melenchon) dépasse les 6%. Difficile d’être révolutionnaire et d’avoir des visées électoralistes. Difficile de mobiliser un éventuel électorat issu de l’immigration, quand celui-ci s’en fiche des élections. Difficile de mobiliser les « petits blancs » sur la thématique intégrationniste et collaborationniste. Proudhon, au secours…

La ringardisation souverainiste : MPF et FN.

L’erreur de Villiers fut d’abandonner son sigle MPF, relativement connu, pour Libertas, totalement inconnu. Le discours anti-européen, fût-t-il justifié pour ce qui concerne cette Europe des nains de Bruxelles, ne rencontre plus qu’un faible écho chez des Français bien conscients que les enjeux économiques et sociaux liés à la crise, les enjeux diplomatiques et ceux de la Défense, ne peuvent être résolus à l’échelle du seul hexagone.
Le FN, quant à lui, continue d’assener des slogans absurdes et irréalistes, tel le retour au franc et l’abandon de l’euro. Un discours ringard et passéiste. Le FN atteint un étiage de l’ordre de 6% des suffrages, qui lui permet de conserver trois élus au Parlement européen, contre sept auparavant, mais lui interdit d’espérer, vu le mode de scrutin imposant d’atteindre la barre des 10%, une espérance de succès aux prochaines élections régionales. La quasi disparition de conseillers régionaux et les départs massifs des derniers cadres de valeur empêcheront ce mouvement de réunir les 500 signatures de maires et de conseillers régionaux pour présenter un candidat à l’élection présidentielle. Sauf si Sarkozy le décide. Pourquoi le ferait-il ? Aider Marine Le Pen à représenter un Front familial et résiduel pourrait empêcher, dans son esprit, l’émergence d’une résistance nationale et identitaire puissante. La vacuité idéologique, l’hystérie comportementale, une exceptionnelle capacité à diviser, l’insulte comme vade-mecum politique, qui caractérisent Marine Le Pen, sont de puissantes qualités pour la stratégie de Sarkozy, qui ne verrait au demeurant que des avantages à ce qu’elle soit élue maire d’Hénin-Beaumont, ce à quoi l’UMP (et le PS) s’emploient en présentant des têtes de liste particulièrement médiocres.

Caton l’Ancien concluait tous ses discours devant le Sénat de Rome, par cette formule : « Delenda est Cartago », Carthage doit être détruite, pour que Rome vive.
Oui, Carthage doit être détruite.

Robert Spieler

-* Lisez l’analyse particulièrement intéressante de Coclès sur le site Synthèse Nationale, concernant les élections européennes.

  • Lisez ce vendredi l’article de Robert Spieler : « Que faire ? »

Messages

  • Pour être complet,il aurait fallu faire aussi l’analyse de
    l’echec du pdf... ah oui ,j’oubliai, son auteur est partie prenante avec son parti croupion !
    ceci explique surement cela....
    et puis prenons aussi en compte l’eternelle histoire de la paille et de la poutre....

    • Le Parti de la France a 3 mois d’existance et n’a eu que très peu de relais médiatiques donc le résultat est logique, le Fn existe depuis des decennies, Marine Le Pen passe sur toutes les chaines de radio et de télé.
      Si le Fn avait encore un pouvoir d’attraction il n’aurait pas fait 6,3% et aurait bien plus que 3 députés.
      En fait le système s’accomode très bien de cela, il laisseront sans doute la mairie de Henin Beaumont à Marine Le Pen... Le système ne veut surtout pas d’un veritable parti identitaire qui serait en mesure de troubler le train-train quotidien, avec un Le Pen et sa fille ils n’ont aucun soucis à se faire, l’un est caricatural, a 82 ans et est en fin de course, quand à l’autre dès qu’elle aura mis définitivement la main sur le parti elle pourra tranquillement aller se vendre à l’UMP un peu à la manière d’un Gianfranco Fini en Italie. Je prefere cent fois un mouvement authentiquement identitaire comme le PDF ou la NDP où on est clairs sur les principes fondamentaux même si la route sera longue.

  • Je me permets une remarque l’électorat issu de l’immigration ne s’en fiche pas comme il est écrit a majorité ils votent , pour les plus anciens Parti Socialiste , pour les jeunes générations Europe Écologie qui a fait un tabac avec Bové et Cohn Bendit ce n’est pas qu’ils soient sensible a l’écologie mais plus aux problèmes des sans papiers et a l’antiracisme . C’est pour cela que cela deviendra de plus en plus dur pour le vote nationaliste

  • Ce que j’ai voulu dire c’est que dans les petites villes et villages en général ils votent et penser qu’ils pourraient voter un jours pour une liste national est pure délire

    • Je te fais remarquer qu’à l’époque de la « splendeur » du FN, les meilleurs scores que réalisaient Le Pen et le FN étaient dans beaucoup de régions justement dans les petits villages et petites villes. le 1er tour de 2002 fût significatif ce cette tendance. A l’inverse le FN baissait dans les grandes villes en raison de la sociologies de celles-ci, de plus en plus d’allogènes naturalisés et de bobos, pas vraiment porté sur le FN.

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