
(1) Manifestation de sidérurgistes à Metz le 4 Avril 1984 (Photo D.Tomitch)
On est certes encore trés loin de ce que l’on avait connu dans les années 80. A l’époque, la fermeture des chantiers navales, celle des bassins houillers et la mise à l’encan de l’industrie sidérurgique avaient suscité on s’en souvient de violentes manifestations qui au printemps 84 avaient carrément tourné à la révolte populaire. De Metz à Longwy, toute une partie de la Lorraine s’était retrouvée en état de siège (1). Rien de tel aujourd’hui, sans doute en raison de la dispersion sur le territoire des fermetures d’usine, mais aussi en raison de la disparition pure et simple de grandes régions mono industrielles, qui dans les années 80 structuraient encore une grande partie de l’économie française, et fournissaient au mécontentement populaire ses dizaines de milliers d’ouvriers. Est-ce à dire pour autant que la colère sociale ne débordera pas un jour des formes pacifiques où elle semble canalisée pour l’instant, les syndicats sembleraient le craindre. Car si ça n’a pas été le cas jusqu’à présent, les premiers signes d’un durcissement à la base sont apparus ces derniers temps. En témoignent les séquestrations de cadres sur leurs lieux de travail, les injures proférées contre les dirigeants d’entreprise, mais également l’agitation menée en sous main par les militants trotskistes du NPA (Nouveau Parti Anticapaliste), dont le discours radical séduirait un nombre croissant d’ouvriers reconnaissent les syndicats eux-mêmes. Ce ne sont pas en tout cas les promesses lancées à l’emporte pièce par le Président de la République, du style « je vais sauver le site », qui apaiseront la colère grandissante du peuple. Encore moins ses déclarations à propos d’Arcelor Mittal de Gandrange dont l’aciérie vient de fermer le 31 mars dernier. « La production d’acier mondial a été divisée par deux : C’est quand même pas ma faute s’il y a moins de croissance, moins de consommation » devait déclarer Nicolas Sarkozy sans vergogne après avoir pourtant promis l’année dernière qu’il ferait tout son possible pour maintenir l’activité du site. Coincés entre l’impuissance d’un pouvoir gestionnaire de la crise et les soins palliatifs fournis par des syndicats dépassés par les évènements, le monde du travail se retrouve livré à lui-même, avec le sentiment de plus en plus partagé de n’avoir plus rien à perdre. Or c’est justement à partir de là que tout est à craindre