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KOSOVO : LES CAMPS DE LA MORT DE L’UCK

samedi 18 avril 2009, par Michel Dantan

Deux grandes agences de presse britanniques, la BIRN (Balkan Investigative Reporting Network) et la BBC se fondant sur des témoignages recueillis auprès d’albanais rescapés d’un camp de prisonniers contrôlé par l’UCK à Kukës au Nord de l’Albanie, ont confirmé récemment l’existence de centres de tortures que les rebelles albanais dirigeaient en Albanie et au Kosovo durant le conflit de 1999. Un an après les révélations de l’ancien procureur du TPIY Carla del Ponte sur un trafic présumé d’organes prélevés sur des civils serbes, la chape de plomb qui recouvrait les atrocités commises par l’UCK sur les serbes, les roms et les albanais, commence enfin à se soulever après un silence médiatique de dix ans. Un embargo de dix ans sur des informations transmises dés le début de l’année 2000 aux autorités ayant en charge l’administration du Kosovo, mais qui préférèrent les ignorer malgré les démarches des familles des victimes, pensant sans doute que l’oubli finirait par les couvrir définitivement de son linceul.

Les camps de la mort de l’UCK.

« J’ai vu des gens battus, poignardés, frappés avec des bâtons. J’ai vu des gens privés de nourriture durant cinq à six jours. J’ai vu des cercueils qu’on enterrait, j’ai aussi vu des personnes tuées » [1]. C’est en Albanie, non loin de la frontière avec le Kosovo, dans une usine désaffectée de la bourgade de Kukës ayant servie de base arrière pour les opérations de guérilla menée par l’UCK contre l’armée serbe, que ces scènes d’horreur avaient régulièrement lieu selon un témoin oculaire d’origine albanaise qui s’est confié aux journalistes de BIRN. Accusé à tort, selon lui, d’avoir espionné au profit des serbes, ce rescapé soutien que « la majorité des captifs étaient des civils non-combattants, surtout des Albanais accusés de travailler pour le compte du régime serbe, de même que quelques roms ». L’ancien prisonnier toujours selon BIRN affirme avoir entendu « des gens hurler et pleurer sous la torture et. je pouvais reconnaître que le Serbe était leur langue maternelle ajoute t-il. D’après d’autres témoignages 6 prisons au moins, chacune située dans les camps d’entraînement de l’UCK ont continué à fonctionner après la guerre de 99, comme à Babaloc et Prizren au Kosovo. Les prisonniers étaient souvent transférés d’un camp à l’autre, affirme un témoin en citant la ville de Burrel que Carla Del Ponte évoque dans son livre comme constituant l’épicentre du présumé trafic d’organes auquel l’UCK se serait livré sur des prisonniers. A propos de deux captifs qui auraient été emmenés à Kukës en provenance d’une installation similaire de l’UCK située prés de la ville de Burrel, le témoin raconte « ils nous ont parlé de gens qui se faisaient tué là-bas, de gens qu’on jetait dans des fosses avec de la chaux. Je pouvais également constater ce qui se passait à Burrel, juste en voyant l’état dans lequel les prisonniers arrivaient de là-bas…ils avaient été salement torturés… ». Interrogés par la BBC, l’ex Premier Ministre Ashim Ceku et le nouveau, Hashim Thaçi ont d’emblée déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ces camps. Un avis que José Pablo Baraybar, le directeur du Bureau des personnes disparues au Kosovo et de l’équipe de la médecine légale de la MINUK ne partage pas ainsi qu’il l’a confié au même journaliste de la BBC qui s’était rendu à Kukës et à Burrel pour enquêter et réaliser un reportage dont les britanniques ont pu voir les images dés le 9 avril 2009 sur le site internet de la BBC, Radio4 [2]. « Des gens qui sont certainement vivants aujourd’hui se sont retrouvés à Kukës dans ce camp en tant que prisonniers. Ces gens ont vu d’autres personnes là-bas, des Albanais et des non Albanais. Des dirigeants passaient par ce camp. Beaucoup de noms ont été mentionnés, et je dirais qu’il s’agit de faits établis ». D’après d’autres renseignements, dont ceux des enquêteurs de l’ONU consignés dans des archives auxquels les journalistes anglais sembleraient avoir eu accès, ces camps étaient encadrés par des officiers de l’UCK. Ainsi un certain Bislim Zyrapi [3] qui commandait le camp d’entraînement de Kukës et qui s’était donné pour tache de restaurer la discipline parmi les troupes débandées de l’UCK livrées à elles-mêmes dans la ville de Kukës. Aujourd’hui, occupant un poste enviable au ministère de l’intérieur du Kosovo, celui-ci se défend d’avoir gardé dans les geôles de la base de Kukës des prisonniers autres que des soldats indisciplinés, et nie que des gens aient été assassinés dans le camp même ou ses environs.

Tout cela était connu dés 1999.

Si on peut se féliciter que ces deux reportages, en raison du statut médiatique de leurs auteurs, contribueront à faire la lumière sur certaines des pires atrocités commises par l’UCK au Kosovo, et partant élargir un peu plus la brèche ouverte par les révélation de Carla del Ponte dans le mur de contre vérités dressé autour des Serbes, on peut aussi regretter qu’ils n’aient pas été réalisés au moment où les crimes avaient lieu. Il est vrai qu’à l’époque la curiosité médiatique penchait en faveur des Albanais, et que les médias entrés au Kosovo dans les fourgons de la KFOR ne s’affairaient qu’à la recherche de ces fameux charniers que la propagande de l’OTAN avait promis qu’ils découvriraient dans un pays que les serbes étaient sensés avoir transformé en abattoir. Dépités de n’avoir pas trouvé ce que l’opinion attendait d’eux « les correspondants de charniers » s’empressèrent de plier bagage. Faute de témoins sensibles à leur sort, les serbes du Kosovo se sont donc très vite retrouvés isolés face aux exactions de l’UCK, qui interrompues pendant le conflit armé, pouvaient en toute impunité reprendre de plus belle. La plupart des 1100 enlèvements perpétrés par l’UCK contre les serbes, les roms et les albanais soupçonnés de collaboration avec le régime de Belgrade se produisent entre juin et juillet 99. Cette stratégie de la terreur qui en juillet 98 avait déjà servie de répétition générale dans la région d’Orahovac, se développe cette fois à grande échelle et vise à traumatiser l’ensemble de la population serbe pour la faire fuir. Les rares journalistes restés sur place semblent ne pas avoir mesuré l’ampleur du phénomène, et ceux que la curiosité pousse à regarder d’un peu plus près ce qui se passe se heurtent à la loi du silence que les autorités aussi bien militaires que civiles se chargent de faire respecter. Un Général italien, Mauro Del Vecchio qui commandait en juin 99 une unité de 7000 hommes chargée de sécuriser la région des deux monastères de Pec et de Decani, rompant le silence observé par ses paires depuis juin 99, dans une interview accordée à l’hebdomadaire italien Panorama daté de janvier 2009, décrit ainsi la situation qui prévalait dans son secteur e « chaque matin des rapports arrivaient sur ma table pour m’apprendre la mort de serbes ou de roms. Mais le sujet était tabou, et il ne fallait pas en parler aux journalistes. Ceux qui n’avaient pas fui courraient le risque d’être tués ou de se faire enlever ». Rien à attendre du côté des médias, rien non plus du côté des organisations civiles et militaires qui prennent en main l’administration de la province tandis que l’épuration ethnique contre les serbes bat son plein. Les demandes de recherche des disparus faites alors par les familles des victimes auprès de la KFOR et de la MINUK essuient systématiquement des fins de non recevoir. Un premier recensement de camps d’internements clandestins établi au mois de mars 2000 par le Président du Comité d’Helsinki pour le Sandjak, Sefko Alomerovic est transmis aux autorités militaires et humanitaires qui traitent sa démarche par le mépris. Le représentant de la Croix Rouge internationale à Pristina menace même de le faire arrêter. Dans une interview pour le quotidien serbe Danas, daté du 3 avril 2000, Sefko Alomerovic dénonce l’inaction de la KFOR malgré les informations circonstanciées qu’il dit avoir transmis aux militaires. Extraits : a « Je déclare encore une fois publiquement qu’il existe au Kosovo des camps de concentration pour les serbes. Nos représentants en on répertorié pas moins de cinq, illégaux bien sûr. Ils sont entrés à l’intérieur des camps, y ont vu des prisonniers serbes et parlé avec eux. Je déclare qu’en ce moment, plus précisément ce 14 mars (2000), il existe au moins cinq camps de concentration dans lesquels sont enfermés 142 personnes non albanaises, la plupart d’origine serbe. Sachant d’après les familles que le nombre de serbes enlevés s’élèverait à environ 1000, je prétends qu’il existe beaucoup plus de camps de concentration… Comment peuvent-ils prétendre qu’il n’existe pas de camps de concentration quand ils refusent d’enquêter à propos des cinq adresses que je leur ai données… Leur réaction s’assimile à de la complicité… Si les membres d’une famille déclarent un kidnapping, s’ils décrivent la victime, quand, où et comment celle-ci a été enlevé, s’ils disent qui l’a fait, et que la KFOR ne fait rien, alors cela revient à encourager les criminels ». Ceux-ci se sont sentis poussés des ailes, et lorsque quelques années plus tard l’un des principaux responsables de ces camps comparaîtra devant le TPIY en 2004 pour des crimes commis sur des civils emprisonnés dans le centre de détention de Jablanica en mai 98, celui-ci faute de témoins sera acquitté. Il s’agit de Ramush Haradinaj dont le chef de l’Eulex au Kosovo, le général français Yves de Kermabon, alors commandant en chef de la KFOR à l’époque du procès regrettait qu’il fut envoyé à la Haye en raison des troubles à l’ordre public que ce transfert risquait de provoquer. Reste maintenant à arrêter les responsables de ces atrocités considérés jusqu’à présent comme des intouchables. Pour l’heure, d’après la porte parole de la mission de l’UE (Eulex) chargée au Kosovo d’établir l’état de droit, Karin Limdal, des procureurs étudieraient la possibilité de donner des suites judiciaires à cette affaire en fonction de la pertinence des allégations portées contre la base de Kukës. Demandera t-on alors à Bernard Kouchner quel rôle a été le sien durant toutes ces années où a perduré ce complot du silence sciemment entretenu autour de ces camps de la mort, notamment au moment où notre French Doctor avait en charge l’administration du Kosovo, c’est à la justice qu’il conviendra de le faire, si d’ici là de nouveaux obstacles ne se mettent mas en travers de son chemin.


[3Bislim Zyrapi n’est pas un inconnu pour tout le monde. Pas pour les services secrets serbes en tout cas qui en 2003 font état de son pedigree parmi une liste de 156 noms sensés appartenir à l’univers du terrorisme et du crime organisé au Kosovo. Parmi ses faits d’armes, le BIA, lui imputerait la responsabilité d’avoir entre autre participé à 77 enlèvements, d’avoir ouvert 6 prisons dans la région d’Orahovac et de Prizren, d’avoir conduit une vingtaine d’opérations terroristes et d’avoir organisé l’attaque en juillet 98 des villages serbes de Bratotin, Opterusa, Retimlje et Zociste.

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