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KOSOVO : LES DIRIGEANTS DE l’UCK RATTRAPES PAR LA JUSTICE

mardi 2 janvier 2018, par Michel Dantan

Un procès sur fond peut-être aussi d’intérêts géostratégiques

Une soixantaine d’anciens membres de la guérilla indépendantistes UCK dont plusieurs dirigeants , devraient dés février prochain répondre devant la justice des crimes qu’ils sont présumés avoir commis avant, pendant et après la guerre du Kosovo. Le Tribunal Spécial mis en place à la Haye dans ce but devrait pouvoir cette fois rendre la justice en dehors des pressions politiques ou mafieuses qui d’après le procureur Carla Del Ponte avaient dévoyé le fonctionnement du TPIY .C’est en tout cas ce que Trendafilova Ekaterina la présidente de ce tribunal spécial qui légiférera dans le cadre de la loi Kosovar et qui a été installé à la Haye plutôt qu’à Pristina afin de mieux assurer la protection des témoins, consciente des obstacles qui l’attendent, essaiera de faire prévaloir. « Le Tribunal Spécial rendra la justice de manière impartiale et indépendante, libre de toute influence, interférence, peur ou favoritisme » a déclaré récemment la Présidente de ce nouveau Tribunal Spécial. Soumis à l’approbation du parlement kosovar en Aout 2015, 82 députés sur les 120 membres que compte le parlement avaient adopté sa création au terme de débats houleux qui avaient failli remettre en question son existence. Alors que l’étau semble se resserrer autour des auteurs présumés de crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis au Kosovo contre des serbes, des roms et des albanais, les deux plus hautes personnalités du monde politique kosovar, le Président Hashim Thaci et son premier ministre Ramush Haradinaj, eux-mêmes dans le collimateur de la justice, ont pris l’initiative de débaucher 43 députés du parlement kosovar pour faire abroger la loi autorisant l’ouverture de cette nouvelle cour. Soutenue par une pétition de 15000 vétérans de l’UCK, leur démarche n’a eu pour résultat que de provoquer les vives critiques des parrains de cette Cour Spéciale dont l’UE, la Grande Bretagne et les Etats-Unis font partie. L’administration américaine et l’ambassadeur des USA à Pristina, Greg Delawie, sont tour à tour montés au créneau pour déclarer que la remise en cause du Tribunal Spécial aurait des « conséquences profondément négatives » sur les relations entre les USA et le Kosovo. Peut-on en conclure que les protecteurs de l’UCK seraient prêts à lâcher leurs créatures. Rien n’est moins sûr évidemment, mais les empêcheurs de tourner en rond dans le meilleur des monde de la Pax Americana que semblent être devenus les irrédentistes albanais qui avec leur projet de Grande Albanie font régner dans les Balkans une instabilité politique chronique qui a terme risque de nuire aux intérêts géostratégiques américains ne sont peut-être plus en odeur de sainteté auprès des chancelleries occidentales, encore moins du côté de la Maison Blanche. La question peut en effet se poser, d’autant que si les procès à venir devaient se conclure par la condamnation de quelques lampistes après n’avoir servi que de paravent pour sauver la mise à certains hauts dignitaires du Kosovo comme ceux impliqués dans les crimes les plus abominables commis au Kosovo dont celui du trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes (1), alors la Serbie se trouverait fondée à admettre définitivement que ses vrais amis ne sont pas à l’Ouest, mais à l’Est. La Serbie de surcroit resterait longtemps encore la pièce manquante du puzzle américano atlantiste que la Maison Blanche s’efforce de compléter dans les Balkans (2) afin d’en éloigner définitivement tout retour de l’influence russe dans une région qu’elle tient à garder sous son emprise. Cela étant bien sûr une autre affaire
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Des grosses pointures dans le collimateur de la justice.

Plus de 60 noms figureraient donc sur la liste des criminels présumés, dont celui de Kadri Veseli, l’une des figures de proue de la rébellion albanaise, ex dirigeant des services secrets de l’UCK, le SHIK, responsable présumé de l’élimination d’opposants proches du parti d’Ibrahim Rugova, l’ancien premier dirigeant du Kosovo, et qui lors des négociations de Rambouillet en 1999, fut lâché en rase campagne par les américains qui lui préférèrent Ashim Thaci, le leader alors incontesté de l’UCK, lui assurant du coup une reconnaissance internationale que sa réputation de « parrain » présumé du « groupe de Drenica » un réseau lié au crime organisé aurait du empêcher d’obtenir. Celui-ci i fût d’ailleurs aussitôt traité par les services de renseignements français et depuis jamais inquiété par la justice en dépit des lourdes accusations pesant contre lui le faisant passé pour un membre présumé du crime organisé. Autre tête d’affiche qui devrait compléter cette galerie de personnages destinés à garnir le banc des accusés, Azem Sylla qui aurait à son palmarès l’exécution politique de plusieurs albanais opposés à l’UCK ainsi que le meurtre présumé d’une quarantaine de serbes et de roms. Quant au bouillant frère du Premier Ministre, Daut Haradinaj dont le nom figurerait en tête de liste des personnalités susceptibles d’être envoyées à la Haye, celui-ci a carrément menacé de réactiver les réseaux de l’UCK sans toutefois préciser quel type d’action il envisageait d’entreprendre. C’est l’image du Kosovo que l’on veut souiller a-t-il déclaré à la presse, ajoutant que les seuls crimes commis au Kosovo étaient à chercher du côté serbe. Les familles des victimes attendent depuis bientôt vingt que la justice fasse enfin son travail, de telle sorte aussi que les futures générations notamment kosovares n’aient pas à porter le poids des responsabilités qui pèsent sur les vrais auteurs des crimes commis. Il y va de la réconciliation entre les communautés ainsi que d’une remise à l’endroit de la guerre du Kosovo que les historiens ont déjà commencé à faire, mais ne se poursuivra qu’à conditions que les sales affaires qui en ont jalonné le cours ne soient pas étouffées.

(1)) Voir le rapport du parlementaire suisse Dick Marty de décembre 2010 mandaté par le Conseil de l’Europe et intitulé « Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo ». http://assembly.coe.int/nw/xml/News/FeaturesManager-View-FR.asp?ID=964

(2) Dernier ouvrage consacré à la situation volatile des Balkans, celui écrit à deux mains par Gilles et Alexis Troude, « Balkans la Fracture, la base européenne du djihad ». Plus de 200 pages d’analyses très documentées qui permettent de décrypter les origines des guerres qui ont ensanglanté les Balkans, conduit à l’éclatement de la Yougoslavie puis à l’indépendance du Kosovo pour déboucher aujourd’hui sur la montée en puissance de l’Islam radical.

Sources : B92.