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LA FORET FRANÇAISE SOUS MENACE PRODUCTIVISTE ?

vendredi 5 novembre 2010, par Claude Timmerman

La forêt française est l’une des plus grande forêt d’Europe Occidentale...
Les médias nous le serinent tous les jours, et tout le monde s’en félicite en haut lieu, oubliant de préciser combien elle est morcelée de nos jours, par suite des défrichements agricoles moyenâgeux et surtout plus récemment, par suite du percement des voies de communication modernes.
Il suffit qu’une zone de forestière existe pour voir les bureaux d’étude se précipiter pour en organiser le rognage et le morcellement pour le tracé du futur passage d’une autoroute ou d’une voie TGV.

On pourrait très bien s’intéresser aux terres agricoles voisines qui coûtent au contribuable, en subventions, infiniment plus que le montant de la valorisation de l’expropriation. Mais toucher aux privilèges exorbitants des agriculteurs n’est pas encore à l’ordre du jour dans ce pays...avec les conséquences catastrophiques en terme d’évolution biologique comme on l’observe hélas partout où la biodiversité (disons plus simplement l’existence et le maintien de populations viables des espèces les plus diverses - des plus fréquentes aux plus rares- tant animales que végétales) est partout menacée !
On en arrive ainsi aux Pays-Bas à constater la disparition - admise par tous de 75% - des espèces indigènes !!! Trois espèce sur quatre, animale ou végétale, classiquement rencontrée a disparu ! Et, en France, cet exemple désastreux fait bien entendu école : le pays baigne dans les intrants chimiques agricoles !
Ainsi, les apiculteurs aujourd’hui préfèrent installer des ruches sur les toits des métropoles car, en milieu urbain, on trouve encore des fleurs et l’atmosphère est moins polluée par les pesticides qu’en milieu rural où les abeilles sont fréquemment décimées ! Pas seulement les abeilles d’ailleurs : le professeur Belpomme - que l’on ne veut surtout pas écouter - expose depuis très longtemps que les intrants agricoles sont bourrés de saloperies cancérigènes et tératogènes tels les organo-chlorés et surtout les organo-phosphorés, et que les taux de cancer en milieu rural dépassent parfois le double de ce qu’ils sont en milieu urbain !
Mais il ne faut surtout pas mécontenter ICI, BASF, AVENTIS et autres MONSENTO...Alors pour pallier l’apparition des cancers chez les jeunes, on va s’en doute devoir inverser les flux de déplacements lors des vacances scolaires : c’est en ville que l’on installera les colonies de vacance pour faire profiter les petits ruraux du bon air urbain, riche en poussières, en gaz carbonique, et en micro-particules, mais moins infesté de poisons cancérigènes que l’air des campagnes, surtout dans les zones de grandes cultures céréalières. Il n’est pas sûr du tout aujourd’hui qu’il soit moins dangereux d’habiter en Beauce que dans la périphérie de Tchernobyll !..
Ces miasmes chimiques agricoles menacent aussi la forêt, certes, mais infiniment moins que l’activité humaine qui s’y développe ! Et là, les perspectives économiques récemment évoquées sont assez effarantes !

la filière bois lorgne vers ...les plantations de résineux !

Ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la conservation de l’identité du milieu forestier français, menacée dans le maintien de ses essences et par suite dans le biotope qui la caractérise et qu’elle génère !
Si la plupart des massifs forestiers ont été au fil des siècles aménagés en France, notamment pour la chasse, plantés ou replantés pour des raisons économiques (comme la forêt des Landes), pour des motifs politiques comme la chênaie de Tronçay plantée par Colbert - pour disposer à long terme de la matière première nécessaire au renouvellement des bâtiments de la marine de guerre – on a respecté dans ces plantations les essences locales ...Du même coup, on y a favorisé le maintien du biotope de la forêt originelle ouest-européenne. En gros : chênaie / hêtraie en plaine et hêtraie / sapinière en zone montagneuse... avec tout le cortège des espèces végétales de sous bois et des espèces animales associées... Sans parler ici du milieu forestier méditerranéen spécifique au sud...
Ces forêts – en dehors des forêts domaniales – sont la propriété de trois millions de personnes assujetties aux pressions du Ministère de l’Agriculture et plus récemment, ce que l’on sait moins, aux menées des SAFER qui cherchent - comme pour les terres agricoles - à priver par tous les moyens les habitants de ce pays de la propriété du sol, confisqué au profit des seuls « gros » agriculteurs et maintenant aussi donc, de nouveaux « grands » exploitants forestiers....
Or les besoins en bois, s’ils sont énormes, ont considérablement varié et les forêts ne sont plus la source des mêmes richesses...Ainsi, la résine des Landes est avantageusement remplacée par des produits de synthèse d’origine pétrolière et la chênaie Colbert est devenue une curiosité botanique qui n’a plus aucune importance maritime stratégique pour les chantiers navals !
Si les chênes restent prisés en tonnellerie, bien que l’on emploie de plus en plus de cuves métalliques en inox dans les caves viticoles, ils sont aujourd’hui très délaissés dans l’industrie du meuble...Et le prix d’achat sur pied s’en ressent : sauf pour des fûts particulièrement droits, hauts, et sans branches, on parle de 5 € le m3 en moyenne !
L’important aujourd’hui, ce n’est plus la production de bois d’œuvre pour la charpente ou la menuiserie, mais bien la production de particules et de panneaux de bois aggloméré destinés à l’isolation, les « agencements » de second œuvre, la « décoration intérieure » des habitations, etc....
Le bois massif n’a plus la cote pour les industriels et le stère de bois de chauffage, même s’il est aujourd’hui plus demandé qu’autrefois à cause de la vogue des énergies renouvelables, n’est guère valorisant ni très rémunérateur !
Résultat la filière bois lorgne vers ...les plantations de résineux !
La vedette est aujourd’hui le pin Douglas ! On le coupe à 40 ans au lieu de 80 ans pour le chêne, il pousse bien droit, fait de petites branches, donc pas ou peu de nœuds sur le fût et des noeuds qui restent petits, et le m3 s’en négocie alors autour de 30 € au lieu de 5 € ! Si l’on compte bien : le rendement financier d’une chênaie convertie en pinède Douglas serait multiplié par 12 !!!!
On comprend que ces perspectives alléchantes excitent bien des convoitises économiques...
Pourtant cette reconversion de la forêt de feuillue est aléatoire et dramatique à plus d’un titre !
Les résineux sont des végétaux acidificateurs des sols voire même stérilisants.
Ce n’est pas un hasard si l’on vend de l’écorce de pin pour répandre sur le sol en guise d’herbicide sur le pourtour des parterres dans les jardins.
Il suffit de se promener dans un sous bois de résineux pour le constater : on évolue dans un quasi désert souvent sombre car les aiguilles forment un écran dense à la lumière et n’offrent pas la prise au vent du limbe foliaire... Le sol, tapissé d’aiguilles mortes, est dépourvu de végétation : pas ou peu de champignons, pas ou peu de mousses, très peu de plantes herbacées et évidemment l’appauvrissement consécutif de la faune qui ne trouve là ni le couvert végétal qui lui convient, ni le gîte, encore moins la nourriture ...Dans le sol, la microflore comme la microfaune s’appauvrissent et deviennent quasi nulles, liées à l’acidification irréversible inhérente à la pousse des résineux. Cela est dû aux secrétions des radicules qui contribuent à diminuer fortement le pH et à détruire la microfaune comme la microflore, phénomène bien connu en physiologie végétale dans l’étude des interactions de la rhizosphère...
Bref, les résineux vont convertir le sol humique riche, microbiologiquement sain, à la végétation variée et dense en un demi-désert biologique en voie de stérilisation, irréversiblement acidifié...
Les espèces endémiques de la flore sylvestre feuillue qui s’en accommoderont sont des plus rares et resteront associées le plus souvent au biotope de montagne comme celles de la l’association de la hêtraie - sapinière, ou comme la faune associée au biotope de la forêt de gymnospermes...
C’est particulièrement vrai pour les phanérogames et pour les oiseaux...

L’appât du gain supposé sera le plus fort.

On imagine mal voir une telle faune « montagnarde » se développer et prospérer en plaine sous notre climat tempéré...et même si c’était bien le cas, notre faune sylvestre d’habitat feuillu, habituelle, sera irrémédiablement condamnée à disparaître...
Un cataclysme biologique dont on peut à peine encore mesurer la portée en terme de perte de biodiversité...
Ajoutons à cela la question du carbone : en cette époque où certains mettent l’accent sur le problème de l’incidence de la quantité de gaz carbonique rejetée sur les variations climatiques observées, la conversion d’une forêt de feuillus en forêt de conifères est un non-sens absolu ! Chacun comprendra que la photosynthèse étant proportionnelle à la surface du limbe foliaire, un chêne va contribuer à la conversion par les feuilles d’une quantité de gaz carbonique très supérieure à celle observée sur les aiguilles d’un conifère de même volume...
Enfin, et ce n’est pas le moindre des problèmes à garder à l’esprit : les conifères sont beaucoup moins adaptés aux accidents climatiques et surtout résistent très mal aux coups de vent.
On l’a vu lors de la fameuse tempête qui ravagea la forêt de Rambouillet 26 décembre 1999 : chacun put observer que si des arbres avaient été arrachés et des branches cassées ça et là dans les parcelles de feuillus, les parcelles jouxtant de résineux étaient totalement ravagées, les troncs systématiquement cassés à environ 3 m du sol...
De la même façon, la tempête du 24 janvier 2009 a ravagé la forêt de pins des Landes, détruite en une nuit à plus de 70% !
On voit ainsi que la sylviculture des résineux n’est pas sans risque et que son extension sans frein est un non sens biologique !
Mais l’appât du gain supposé sera le plus fort.
Depuis des décennies, nombre de propriétaires de parcelles boisées, conscients de ces risques se sont opposés à la mode du reboisement en résineux toujours relancée depuis les années 60 par les services des Eaux et Forêts...
Déjà plus de 30 % de la forêt française est occupée par ces végétaux et on peut être assuré que, forte des primes de l’état, la conversion résineuse va continuer, voire se développer, à grande échelle...
Sur un plan économique, il n’est pas même certain que l’opération soit rentable : personne ne peut dire si le marché du bois de résineux, aujourd’hui si demandé pour les panneaux de bois ou la pâte à papier, sera toujours aussi porteur et surtout aussi rentable.
En effet, les progrès de l’informatique laissent augurer d’une diminution sensible de la demande en pâte à papier, notamment pour les besoins en papier de la presse dès les toutes prochaines années...
Par ailleurs, le réchauffement climatique, bien réel - même s’il est nié par ceux qui vont le plus en profiter - dans l’hémisphère nord conduit les états concernés à envisager sérieusement la mise en valeur de territoires aujourd’hui peu exploités, comme au Canada, en Scandinavie ou en Sibérie dans les trente ans à venir : cela va amener alors la disparition partout de centaines de milliers d’hectares de taïga, une forêt de bouleaux et de résineux, dont les grumes seront sera évidemment alors proposée aux industriels européens à des prix défiant toute concurrence...surtout la concurrence de notre marché national...
Une conjoncture économique idéale comme on le voit !
On risque donc de se retrouver, une fois de plus, sur les bras avec une production (sylvicole) invendable que l’on ne pourra écouler qu’à grands coups de subventions sorties de la poche des contribuables, si heureux d’avoir vu en trente ans leurs forêts détruites pour un si beau résultat...
Cherchez l’erreur !

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