.
Les mauvaises nouvelles se sont multipliées ces jours derniers pour les serbes du Kosovo. Tout d’abord, les effectifs de la KFOR devraient passer de 10000 à 5000 hommes dés mars prochain a-t-on apprit récemment, soit une diminution de 50%. L’archimandrite du monastère de Decani, le Père Sava n’a pas caché qu’une telle situation mettrait en péril la survie même des grands sanctuaires orthodoxes de la province et partant compromettrait le retour de nombreux serbes vers leurs foyers abandonnés en 99. Non encore officielle mais diffusée à partir d’insistantes rumeurs relayées par la presse albanophone, une autre nouvelle tout aussi funeste est tombée fin décembre. Elle concernerait le remplacement des troupes françaises déployées au Nord par des soldats du contingent américain qui se verraient entre autre confier le contrôle de la bordure administrative avec la Serbie. Cette information que les albanais ont accueillie avec joie a aussitôt été démentie par le général commandant en chef de la KFOR, l’allemand Erhard Bueler dans une interview sur la chaîne de télévision RTK. La perspective d’un redéploiement des troupes américaines au Nord du Kosovo n’aurait pourtant rien de surprenant, elle est l’une des clefs de la normalisation des territoires situés au Nord de l’Ibar où flotte toujours le drapeau serbe. Le commandant américain de la base de Bonsteel, Francisco Neuman s’est en tout cas chargé de rassurer les albanais en déclarant que les américains n’avaient nullement l’intention de réduire leurs effectifs au Kosovo. Depuis la mise en scène du massacre de civils à Racak par l’expert en coups tordus William Walker (1) jusqu’à nos jours, en passant dés juillet 1999 par la prise en charge de l’administration du Kosovo par des fonctionnaires étroitement surveillées par le département d’état américain (2), les USA n’ont jamais perdu la main sur les affaires du Kosovo et entendent bien la conserver. Le récent rapport de l’enquêteur Dick Marty dans lequel le premier Ministre du Kosovo Hashim Thaci se trouve directement accusé d’avoir organiser un trafic d’organes au Kosovo à partir de prisonniers serbes ne changera rien à la donne. Les américains ne changeront pas leur politique au Kosovo. L’enfant chéri des administrations Clinton et Bush restera sans doute encore longtemps en odeur de sainteté auprès de celle d’Obama aussi. Au moins tant que les américains le jugeront utile pour leurs intérêts stratégiques (3) dans les Balkans, mais également tant que leurs buts de guerre contre la Serbie n’auront pas été totalement atteints. L’unification du Kosovo sous la même bannière à tête bicéphale en fait justement partie, et c’est probablement pourquoi les USA n’hésiteront pas à faire monter la pression sur la population serbe du Nord dans le but de placer leurs protégés en position de force par rapport à leurs alter egos serbes au cours des négociations qui auront lieu prochainement. Le secrétaire Oliver Ivanovic auprès du ministère serbe des affaires pour le Kosovo Métochie s’est d’ailleurs inquiété de l’initiative prise par EULEX de se doter prochainement d’une nouvelle unité destinée à combattre le crime organisé au Nord du Kosovo alors que l’épicentre de ce fléaux de l’avis même de tous les observateurs sérieux se trouve à Pristina. Les serbes y voient déjà la mise en place d’opérations destinées à déstabiliser les structures parallèles qui rattachent le Nord du Kosovo à la Serbie. De là à penser que 2011 sera l’année des grandes manœuvres pour faire tomber le Nord dans l’escarcelle des parrains qui tirent les ficelles de leurs associés à Pristina, il y a un pas que de nombreux serbes n’hésitent pas à franchir.
Notes :
(1). Passé sous silence dans la presse hexagonale, William Walker, probablement en service commandé, après une courte visite en Albanie, s’est rendu à Pristina lors des dernières élections législatives qui se sont déroulées au mois de décembre au Kosovo pour apporter son soutient au leader du mouvement Vetevendoje, Albin Kurti, connu comme étant un farouche partisan de la réunification des territoires albanais, autrement dit de la Grande Albanie. En revanche, le chef de la troisième force politique du Kosovo serait favorable à un échange de territoires avec la Serbie. Le Nord, mais sans la ville de Mitrovica aujourd’hui coupée en deux, contre la vallée de Presevo majoritairement peuplée d’albanais. Les serbes ne veulent pas en entendre parler.
(2). Témoignage de Patrick Bariot au procès de Milosevic à propos du rôle joué par Bernard Kouchner au Kosovo « Bernard Kouchner est l’homme qui a parachevé l’épuration ethnique au Kosovo et qui a outrepassé le mandat de l’ONU (Résolution 1244). N’oublions pas que derrière Kouchner, il y avait Jack Covey de la CIA ».
(3). L’unification du Kosovo, permettrait aux américains de se rapprocher du Sandjak de Novi Pazar coincé entre le sud de la Serbie et le Nord du Kosovo. Majoritairement peuplé de musulmans se disant bosniaques, de nombreux observateurs craignent que cette région en ébullition ne devienne un nouveau Kosovo. Les américains présents à quelques trente kilomètres seulement de la ville de Novi Pazar seraient alors en mesure de peser sur le cours des évènements si d’aventure un conflit ouvert avec Belgrade devait s’y produire.