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Rassemblement Europe-Ecologie

LE PIEGE A BOBO

dimanche 14 décembre 2008, par Emmanuel Cazenac

José Bové a annoncé samedi qu’il serait bien tête de liste dans le Sud-Ouest aux élections européennes de juin 2009. On se demande bien ce qui peut rapprocher le folklorique altermondialiste qui a voté non au référendum sur le traité de Lisbonne et l’européiste convaincu qu’est le non moins folklorique Cohn-Bendit.
Le 20 octobre dernier, Daniel Cohn-Bendit lançait le Rassemblement Europe-Ecologie, autour de lui l’ancienne magistrate Eva Joly, Cécile Duflot,secrétaire nationale des Verts, le président du Mouvement écologiste indépendant (MEI) Antoine Waechter, José Bové et Jean-Paul Besset. Un parti attrape tout qui ressemble à un piège à gogo et à bobo.
Rassemblement destiné à favoriser la réélection de Daniel Cohn-Bendit qui ne peut pas se représenter chez les Verts allemands,Europe-Ecologie entend surfer sur la vague initiée par Nicolas Hulot lors de la présidentielle de 2007. Telle une secte apocalyptique, le manifeste d’Europe–Ecologie est un « joyeux » fourre tout qui mêle, peur, repentance, emphase. Morceaux choisis :

« L’histoire est en suspens car la déraison s’est emparée du monde. Comme en témoignent brutalement les dérèglements des mécanismes financiers, la croissance de la famine, l’aggravation des inégalités ou l’emballement du bouleversement climatique, l’humanité s’est mise en situation de perdre la maîtrise de son destin. Nous sommes parvenus à ce moment-clé où tout peut basculer, jusqu’à l’irréversible, ou, au contraire,favoriser un sursaut pour construire une nouvelle donne dont l’Europe devienne le creuset. Soit la trajectoire d’effondrement dans laquelle s’inscrit la mondialisation du tout marché et de la prédation aveugle se prolonge, et l’on verra la conjonction des crises - écologique, énergétique, alimentaire,financière, économique, sociale, identitaire - précipiter la planète dans une régression sans précédent ; soit les sociétés humaines se ressaisissent,refusant la spirale de l’excès, des fractures sociales et du découplage avec la nature, et alors surgiront les forces porteuses des réformes nécessaires pour échapper au chaos et tracer l’horizon d’une nouvelle espérance. Il est urgent de se rassembler pour y concourir. Ni demain, ni peut-être. Maintenant et résolument !
Ne rien faire ouvrirait la porte à des politiques autoritaires pour gérer les pénuries ou les conséquences des migrations d’origine climatique. Agir, c’est éviter la barbarie pour choisir la civilisation. »…
…« Ce modèle alternatif n’est inscrit dans aucun dogme ni bréviaire, même s’il est attaché aux meilleures traditions humanistes,en particulier l’opposition radicale au racisme, à l’antisémitisme, au sexisme et à toute forme d‘ostracisme et de domination. Il se construira pas à pas, à partir des besoins de bientôt sept milliards d’individus, de l’intérêt collectif des peuples de la terre, de la protection des biens communs et de l’extension des services publics, du partage des ressources et du respect des équilibres du vivant. Il se fondera sur les valeurs de justice sociale et de solidarité planétaire, de sobriété et de conscience des limites, de droits humains et de dialogue démocratique. Il orientera progressivement les activités vers une réduction de l’empreinte écologique, impliquant de nouvelles façons de consommer, de produire, de se déplacer, de travailler, d’échanger, d’innover,d’habiter les villes et les territoires et de faire ensemble société. Il encadrera rigoureusement les mécanismes du marché et leurs prolongements financiers. Il stimulera la recherche scientifique et la créativité industrielle selon une perspective compatible avec les besoins réels et les limites de la biosphère. »…
…« Un nouvel espace politique porteur d’une nouvelle politique de régulation ne peut se concevoir d’emblée qu’à l’échelon européen puisque l’Europe est notre famille, et sans frontières puisque le monde est notre village.
L’Europe doit d’abord agir sur elle-même. Elle a puisé dans ses ressources naturelles et mis à sac celles de ses anciennes colonies pour construire sa puissance. Aujourd’hui encore, elle prélève plus de ressources qu’elle n’en dispose. Son empreinte écologique, comme celle de l’ensemble des pays industrialisés, excède la capacité biologique de la planète. En moyenne, chaque habitant de l’Union européenne utilise au moins deux fois plus de surface productive que la biocapacité réelle disponible. La réduction de cet impact destructeur constitue une priorité incontournable. De la même façon, l’Europe doit payer sa dette. Son développement économique,comme celui des autres pays industrialisés, s’est effectué au prix d’un renforcement de l’effet de serre global et d’un prélèvement massif de ressources mondiales. Elle est ainsi devenue un débiteur écologique majeur vis-à-vis du reste du monde. Cette dette engage l’Union européenne dans son rapport aux pays du Sud. Ceux-ci doivent pouvoir compter sur elle. L’Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les vingt-sept Etats et les quatre-vingt-trois peuples qui la composent. Elle a su s’interposer comme une force de conciliation dans les conflits. C’est un formidable acquis, une histoire positive, à rebours des visions archaïques ou souverainistes qui imprègnent encore ce continent qui était celui des guerres. Des cultures différentes démontrent qu’elles peuvent vivre ensemble et s’enrichir mutuellement dans un monde déchiré par la violence multipolaire et les replis nationalistes et communautaristes. »…

Et l’écologie dans tout ça, elle est finalement très peu évoquée comme le note dans son éditorial, Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de la version française de L’Ecologiste, long de six pages le Manifeste n’en consacre qu’une demie au programme et encore de façon sommaire. Est-ce de cela dont Nicolas Hulot s’est rendu compte lui qui n’a pas voulu s’engager au coté de Cohn-Bendit. Malheureusement, si on prend en compte la décomposition actuelle du paysage politique, la liste Europe-Ecologie pourrait bien gagner son pari de remporter une dizaine de sièges au Parlement Européen.

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